La vieillesse de A à Z : « ce n’est peut-être que cela la jeunesse, de l’entrain à vieillir », Céline, Voyage au bout de la nuit – 1932

La vieillesse de A à Z : « ce n’est peut-être que cela la jeunesse, de l’entrain à vieillir », Céline, Voyage au bout de la nuit – 1932

La vieillesse est un cheminement naturel dans la vie. Elle entraîne différents changements physiques et psychologiques. Alors que certains la redoutent et d’autres l’apprécient à sa juste valeur, il est intéressant de se pencher sur la perception de la vieillesse dans l’Hexagone.

Que signifie réellement ce terme ? Quelles sont les conséquences de la vieillesse sur notre physique et notre moral ? Comment est-elle perçue exactement ? Les évolutions actuelles de la société n’ont-elles pas changé notre vision ? Toutes les réponses dans cet article.

La vieillesse et ses conséquences

Bien accompagné par sa mutuelleVictor Hugo a dit « L’un des privilèges de la vieillesse, c’est d’avoir, outre son âge, tous les âges.»

Les effets de la vieillesse et le rapport avec celle-ci ne sont pas vécus de la même façon selon les personnes. Pour certains, vieillir est une fatalité puisque la vieillesse est associée à un changement physique, à la diminution progressive des fonctions cognitives et à l’apparition de la dépendance. Elle s’accompagne même parfois du sentiment de ne plus se sentir utile. Autant de conséquences qui fragilisent les personnes dans leur estime et leur dignité.

Pour d’autres au contraire, la vieillesse représente l’expérience, la sagesse et la volonté de vouloir transmettre une histoire à travers ses joies mais aussi ses peines. Vieillir signifie alors avoir vécu, la consécration d’une vie en quelque sorte, marquée par différents événements. En Afrique par exemple, le vieillissement se pense en termes d’acquisition et de progrès, très loin de certaines images associées à la déchéance ou à la perte d’utilité sociale.

Alexandra de Saivre : « Je vous laisse appréciez le texte suivant de Louis-Vincent Thomas dans Voyage au bout de la vie »

La vieillesse en Afrique noire, par Louis-Vincent Thomas

“En Afrique noire, principalement dans les zones rurales, la vieillesse n’est pas vécue comme une déchéance, le vieillissement se pense avant tout en termes d’acquisition et de progrès, car les sociétés traditionnelles, orales, ont besoin de leurs vieux, symboles de leur continuité en tant que mémoire du groupe. Aussi, la création d’hospices où l’on accumule des vieillards est encore refusée comme “malsaine” ou “scandaleuse”, et jamais le vieux n’est abandonné au dénuement et à la solitude.

Mais en ville, et sans doute aussi dans l’immigration en Europe, le vieillard perd de son utilité sociale. On l’écoute de moins en moins, on récuse sa sagesse et déjà on lui reproche d’être improductif, on lui fait comprendre qu’il est de trop”.

Perception de la vieillesse : comment a-t-elle évolué en France ?

Il y a bien longtemps, dès les mythes gréco-romains, la vieillesse était considérée comme une malédiction, à contrario de la jeunesse, associée au « bonheur suprême ». Cicéron décrétait même : « Il faut lutter contre la vieillesse tout comme on doit lutter contre la maladie ».

La représentation d’une “vieillesse-sagesse” est réapparue pourtant épisodiquement tout au long de l’Histoire, où se sont alternées les périodes dominées par les plus âgés avec celles où le pouvoir était aux mains des plus jeunes.

Aujourd’hui, le contexte d’allongement de la durée de vie représente une victoire, pour laquelle se sont battues des générations et des générations. Les personnes âgées sont parfaitement intégrées dans la société et leurs besoins sont de plus en plus pris en compte, même si l’image de la vieillesse est aujourd’hui mise à mal.

Les conditions de vie sont aujourd’hui plus confortables qu’auparavant pour mieux vieillir et permettent aux seniors d’élaborer des nouveaux projets de vie. Ainsi, la vision de la vieillesse que l’on se faisait auparavant n’est plus la même grâce aux loisirs, aux activités intergénérationnelles, aux voyages ou encore aux évolutions d’Internet.

Alexandra de Saivre de Tous en Tandem : « Et pourtant la vieillesse fait peur. Qui n’a pas peur de vieillir ? Demandez aux plus jeunes, s’ils veulent vieillir, peu vous diront oui. Elle fait peur car dans notre pays, elle n’est pas valorisée à sa juste valeur. En vieillissant, le senior est  souvent vu comme un poids pour la société, un coût. Son sentiment d’utilité se réduit avec l’âge, qui lui augmente. La transmission intergénérationnelle n’est plus aussi forte qu’avant. Alors que chaque senior a eu plusieurs vies, a une richesse liée à l’expérience que personne ne peut lui enlever, on le réduit souvent à une personne en perte de vitesse, une personne amoindrie, que l’on n’écoute plus, que l’on infantilise trop souvent. Pourquoi ne nous pressons-nous pas, au contraire, pour écouter leur sagesse, leur expérience de vie avant qu’il ne soit trop tard. Lors d’un groupe de créativité réalisé avec des seniors et des aidants professionnels et familiaux, tous les seniors nous ont dit : « on ne veut plus nous écouter , on ne sert plus à grand-chose ». Il est indéniable qu’’ils ont plus de temps que nous, qu’ils ne sont plus productifs d’un point de vue économique … mais au contraire est-ce que comme me le disait une Tandémienne « ces aînés ne nous  permettent-ils pas de se poser, d’être dans l’authenticité, d’arrêter les écrans ». C’est à nous aujourd’hui de tout faire pour changer ce regard, pour le transformer et arrêter de devoir mettre le BIEN de le verbe VIEILLIR comme si VIEILLIR était négatif, dégradant …

Peut-on parler de différentes formes de vieillesse ?

Si l’on en croit les dernières projections, la France devrait compter plus de deux millions de personnes dépendantes en 2040.C’est donc un fait : la France vieillit. En effet, 31% de la population française aura plus de 60 ans en 2030, contre 18% en 1975.

L’espérance de vie continue quant à elle d’augmenter : en 2030, elle sera de 82 ans pour les hommes et de 87 ans pour les femmes. Mais l’âge de la dépendance augmente aussi : estimé à 78,5 ans en 2000, il passera à 84,5 ans en 2040.

Bien sûr il y a différents types de vieillesse, comme il y a différentes catégories de seniors. En effet, selon le rapport Génération Seniors de Silver Valley, on peut différencier la génération consumériste (55-65 ans), la génération de l’individu (65-75 ans) et la génération du collectif (75-85 ans). Parmi cette dernière, il y a des personnes « hédonistes » qui partagent les plaisirs simples et la frugalité, des personnes « engagées », qui s’associent à des valeurs de solidarité et de collectivité, et des personnes « repliées » quelque peu résignées.

Oser parler du vieillissement comme une chance dans une société qui exalte l’efficacité est un véritable défi.

Alexandra de Saivre : « Quand l’inactivité, la vieillesse sont les amis pauvres de la richesse ! …Mais est-ce que celui qui justement a plus de temps après une vie très active ne crée pas aussi de nombreuses richesses ?Les richesses humaines, la transmission de valeurs d’écoute, de résilience, d’engagement, de courage … Ces valeurs constitutives d’une société humaine et non d’une société individualiste. Je suis convaincue que ce changement de regard sur la vieillesse revalorisera nos aînés, leur permettra de ne plus se sentir à l’écart . Un des moyens : l’ouverture des EHPAD, des résidences autonomies, résidences service sur l’extérieur pour ne pas rester en vase clos. Un autre : la revalorisation des métiers d’encadrement des aînés. Une autre: la sensibilisation des plus jeunes autour des publics fragilisés et des seniors âgés dès le plus jeune âge… ; le décloisonnement des structures, des lieux de vie … et une dernière : l’importance de la transmission intergénérationnelle à mettre en avant.

L’extrait du texte ci-dessus qui pose un regard croisé entre « la vieillesse en Afrique et celle en Europe » m’a perturbé car il est très vrai. Mais c’est entrain de changer pour le bien-être de toute notre société, celui des aînés actuels, celui des aînés de demain. »

D’ailleurs il est intéressant de se pencher sur l’évolution des termes à travers les années.

Vieux, troisième âge, quatrième âge, seniors, aînés… l’évolution de la terminologie

Le Dictionnaire des personnes âgées, de la retraite et du vieillissement, paru en 1984, distinguait « les jeunes vieux », entre 60 et 75 ans, biologiquement jeunes mais socialement âgés, et les « vieux-vieux » plus âgés et pour qui « les risques pathologiques et la probabilité de vivre seuls diffèrent de façon notable », donc physiologiquement et socialement âgés.

Employé pour une personne, le terme « vieux » est vite synonyme de « grabataire », « impotent », d’où le souhait des personnes à ne plus l’employer. « Vieux » et « vieillards » étant bannis du vocabulaire, on a recours à l’expression « personne âgée » que le dictionnaire de 1984 définissait ainsi : « personne plus âgée que la moyenne des autres personnes de la population dans laquelle elle vit ».

Les années 1960 ont vu apparaître l’expression « troisième âge » au moment où les conditions de vie des retraités commençaient à s’améliorer. Cette image, porteuse d’une idéologie activiste, était rassurante et censée générer des comportements en conformité avec ceux des autres catégories d’âge, tels que le sport, les études, les loisirs, les voyages… Une manière, pour ceux qui y adhèrent, de se sentir bien intégrés dans la société.

Le troisième âge ayant échoué à recouvrir l’ensemble de la population âgée, il a fallu par la suite inventer l’expression « quatrième âge » qui désigne « l’ensemble des personnes très âgées ou invalides âgées ». Aujourd’hui, ces expressions ne sont guère utilisées, peut-être parce qu’elles catégorisent et renferment plus qu’elles ne désignent.

C’est le terme « senior » a aujourd’hui le vent en poupe. Ce dernier a pour vocation de désigner « l’ensemble des gens âgés, nouveaux consommateurs, nombreux et fortunés » (Treguer, 2002). Succédant chronologiquement aux seniors, apparaît la figure de l’aîné. L’aîné se situe en référence au cadet.

Bien vieillir est donc devenu un enjeu de santé publique. Il s’agit d’éviter les maladies et la perte d’autonomie, d’avoir un bon fonctionnement physique et mental, c’est-à-dire de rester cognitivement et physiquement apte, enfin de continuer à être socialement engagé, socialement actif. Finalement, il s’agit de préserver un état au cours d’un processus qu’est le vieillissement (=vieillissement réussi).

Pourquoi le terme bien-vieillir et mieux-vieillir est utilisé ?

La notion de bien-vieillir, à l’origine d’un changement de mentalité face au vieillissement, a quant à elle connu un regain d’intérêt ces dernières années. De nombreuses études ont démontré que l’on vit plus longtemps, en meilleure santé, en étant plus actif.

Alexandra de Saivre , souriant , haut vert
Alexandra de Saivre, fondatrice de Tous en Tandem

Bien vieillir, c’est vieillir avec une bonne santé mentale, prévenir son propre vieillissement par le biais d’activités culturelles, intellectuelles et grâce à une vie sociale épanouie. Pour bien vieillir il faut prévenir, anticiper les ruptures importantes de la vie (perte d’un(e) conjoint(e), séparation, éloignement physique de sa famille, départ à la retraite, chute réduisant sa mobilité, placement en maison de retraite … ) pour les dépasser. Il faut les accompagner au mieux pour ne pas sombrer dans une spirale négative.

Alexandra de Saivre : « Vieillir n’est pas facile car il faut faire le deuil d’une vitalité perdue, mais il me semble que la seule façon de l’accepter c’est de ne pas renoncer, de garder un rôle au sein de la société, de « sa » société. Ce lien social est une façon de rester utile, d’avoir un rôle pour autrui, sentiment qui fait vivre ! Le bien-vieillir c’est la capacité à vieillir en bonne santé mentale et physique mais c’est indiscutablement lié à la volonté de vieillir le mieux possible. En effet, bien que si certaines exigences pour bien vieillir soient évidemment indépendantes de notre volonté, certaines en dépendent comme l’engagement dans des activités sociales ou encore des comportements positifs pour notre santé (alimentation, activité sportive…) »

Je conclurais en citant PCV Boiste, qui en 1800, disait : « une mémoire active et fidèle double la vie », j’aimerais pouvoir dire : une mémoire active et fidèle au contact des Tandémiens, la triple !

Lire aussi : Le bien-vieillir : que cache ce terme tant « vulgarisé » ?

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